L'ÉQUIPE DU CRIV

Johanne Arseneault

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Je suis animatrice en alphabétisation auprès de l’OBNL Atout Lire depuis près de 6 ans. Je me considère comme étant une apprenante au milieu d'autres apprenants et apprenantes qui fréquentent un groupe populaire en alphabétisation dans le quartier Saint-Sauveur à Québec. Mes réflexions sur la démocratie, la justice sociale, l'équité et l'empowerment ont trouvé dans ce lieu de travail et d’engagement un enracinement qui lie réflexion et pratique. L’analphabétisme peut être perçu et même défini comme étant une forme de vulnérabilité dans des sociétés où les exigences en littératie ne cessent de croître. Cependant, le travail avec des adultes en démarche d’alphabétisation me fait réaliser quotidiennement et plus concrètement que, s’il y a une universalité de la vulnérabilité liée au fait d’être un être vivant et donc mortel, l’ensemble du fardeau de la vulnérabilité sous ses diverses formes est partagé de façon injuste et inéquitable dans notre société. Ceci dit, les vulnérabilités peuvent servir de phares qui éclairent et questionnent nos modes de vie, y compris les réalités politiques et économiques qui conditionnent de façon importante nos façons d’exister, d’entrer en relation avec l’ensemble des êtres vivants qui habitent et habiteront le monde, qui peuplent et peupleront la planète.

Anne Ardouin
 

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« Que ce soit comme artiste en arts visuels, réalisatrice ou chercheure, j’ai mené de nombreux projets en développant une réflexion à la fois scientifique et poétique, portant sur les liens entre les êtres humains et leurs environnements. J’utilise des méthodologies interdisciplinaires pour circonscrire des dynamiques complexes entre les représentations contemporaines, historiques, culturelles et artistiques de la nature, des paysages et des territoires. Par des approches transversales de recherche participative et de recherche-création, je m’intéresse au développement de plateformes de partage des connaissances croisant des images (œuvres picturales, photographies, vidéos), des récits et des cartographies. Titulaire d’un doctorat en aménagement de l’Université de Montréal, je suis actuellement chercheure responsable du projet « E itaskweak – Révéler la mémoire – Redécouvrir le territoire d’Opitciwan » développé avec Gérald Domon et le Conseil des Atikamekw d’Opitciwan. Le projet vise à mettre à jour une base de données et de connaissances sur les paysages et le territoire pour signaler les caractéristiques et les changements géographiques, les usages sociaux et culturels à travers l’histoire et ainsi perpétuer la mémoire pour les nouvelles générations qui n’ont pas, notamment, vécu le nomadisme. La recherche comporte la conception d’un atlas spatiotemporel, d’outils de mise en valeur de la culture et de plateformes de mobilisation des connaissances. Toujours, je cherche à mettre en valeur la part de merveilleux ou d’inouï dans des contextes dits ordinaires, oubliés, peu valorisés, plus fragiles, dans les micros espaces comme dans les forêts infinies. La vulnérabilité pour moi est là, en filigrane de ma démarche, mais aussi elle se déploie par l’écoute empathique, par l’accueil de l’intuition pour mieux appréhender, comprendre le monde dans lequel nous vivons. »

Afnen Arfaoui 
 

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Née en Arabie saoudite dans une famille immigrante, j’ai rencontré très jeune la vulnérabilité. Je l’ai croisée chaque jour dans les regards des petites filles saoudiennes qui, malgré leur jeune âge, voyaient la chance que j’avais d’avoir un père ouvert d’esprit et une mère indépendante et ambitieuse. Ma mère travaillait, les leurs restaient à la maison pour s’occuper des maris et de la famille. Six ans après, je suis retournée vivre en Tunisie, mon pays d’origine, pour découvrir une autre forme de vulnérabilité. Celle des femmes combattantes, ambitieuses qui veulent être égales aux hommes dans une société patriarcale, et c’est cette vulnérabilité qui me représentait le plus. La vulnérabilité a croisé mon chemin à maintes reprises : à l’école d’ingénieur, où seulement 35% des gradués étaient des femmes, sur le marché du travail où les leaders sont des hommes et voire même chez certaines femmes qui ont cédé face à cette réalité. Pour enfin recroiser la vulnérabilité sur une autre forme, mais cette fois-ci en tant qu’étudiante au doctorat sur mesure à l’université Laval où je passe d’ingénieure en informatique à une chercheure  postdoctorale qui travaille avec les personnes en situation de handicap sur la conception d’une méthodologie pour le développement d’installations immersives interactives.  Des installations sur mesure qui représentent toutes les formes de vulnérabilités. Aujourd’hui, la vulnérabilité touche à l'essence même de ce que je suis, de ce que je fais et de ce que j’espère devenir.

 Luciene Guimaraes de Oliveira

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La vulnérabilité traverse les œuvres des écrivaines auxquelles je me consacre depuis un certain temps, soit la brésilienne Clarice Lispector à la maîtrise, et dernièrement Marguerite Duras, au doctorat en arts de la scène et de l’écran. Ces deux femmes créatrices ont en commun le partage d’un espace liminaire et déterritorialisé. Elles font de la vulnérabilité un moteur de création en l’explorant comme une expression de leur littérature dans l’entre-deux du fictionnel et du vécu. Étant moi-même d’origine brésilienne et portugaise, je porte un regard sensible et attentif à la croisée des langues et des cultures.En tant que doctorante,  ma perspective traverse et transgresse les frontières pour trouver ma propre voie et mon inspiration.  Je m’intéresse également au travail des philosophes dont le parcours de vie est marqué par une grande vulnérabilité, tel que Walter Benjamin et Georges Didi-Huberman, et à des artistes contemporains dont la démarche artistique dévoile une certaine fragilité. En effet, ceux-ci mettent à nu la vulnérabilité de l’ombre plutôt que de s’intéresser à la mondanité des lumières.

 Caroline Houde

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L’écriture consiste à raconter le souvenir en sortant de soi. Mais en même temps, ce processus permet, ou engage, comme le dirait si bien Gaston Bachelard, un retour constant vers soi. Alors qu’arrive-t-il lorsque l’écriture met en scène la vulnérabilité de l’individu face à la mémoire, face à l’Histoire, dans un contexte où le totalitarisme réprime l'affirmation de l'être par le moyen de son lien avec le passé? Cette interrogation porte actuellement mes recherches, alors que je m’intéresse à la nécessité éthique de la reconstruction de la mémoire individuelle et collective par le biais de l’esthétique romanesque. Chargée de cours en littératures et culture hispanique au niveau collégial et universitaire, mes recherches se centrent sur la représentation de la mémoire et du discours historique dans le roman hispano-américain contemporain. Ayant publié plusieurs articles et ma thèse doctorale, je pratique également la traduction littéraire

Annie Hourcade Sciou

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C'est sans doute l'héroïque figure antique d'Achille, le presque invulnérable, qui représente le mieux mon approche de la vulnérabilité et de ses récits. Achille dont le nom même est associé au chagrin, Achille qui souffre dans son cœur et dans son âme de l'injustice d'Agamemnon, Achille en larmes, pleurant la mort de Patrocle ; mais aussi Achille faisant le choix du risque et de l'exposition délibérée que présupppose l'entrée dans l'action. Ces multiples facettes de la figure paradoxale d'Achille l'(in)vulnérable – Achille élève de Chiron, ayant appris la musique, l'éloquence, l'art de la guerre et la médecine, entrent en résonance avec mes travaux sur le conseil et la délibération qui accordent une place centrale à cette question de l'évaluation des possibles dans la confrontation à la nécessité de décider et d'agir ; elles font écho également, de manière liée, à mes recherches sur la question des vertus, sur le rôle que peuvent y jouer les affects, sur la part, surtout, que prend la vulnérabilité dans la construction, par l'agent, de son propre caractère. Cette réflexion franco-québécoise sur la vulnérabilité qui croise les perspectives en sciences humaines et en philosophie, en littérature, en art et en médecine, ce partage des savoirs et des pratiques, trouvent à s'appliquer dans ma pratique d'enseignant-chercheur en philosophie à l'Université de Rouen, dans des champs comme celui de la morale antique, de l'éthique médicale ou de la philosophie politique ainsi que dans mon implication au sein de comités de réflexion éthique en milieu hospitalier.

Geoffrey Edwards

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Jeune, je me liais d’amitié avec des personnes marginalisées et souvent mal traitées par leurs pairs. Cette expérience m’a donné une grande sensibilité au sort des personnes vulnérables et une conscience des enjeux sociétaux qui s’y rattachent. Après une carrière comme chercheur scientifique (astrophysique, géomatique, informatique, génie), je me suis intéressé à la philosophie, aux arts de la scène, à la conception de mode, à l’écriture de fiction, à la production d’opéra, puis à la réadaptation, où j’ai pu conjuguer connaissance scientifique et souci de l’autre. Aujourd’hui, par l’écriture de science-fiction et la recherche-création, j’explore de nouvelles formes de vulnérabilité qui mènent à une ouverture croissante, par vagues et ondelettes, à la réalité sensible de l’autre.

Claudia Funchal

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Claudia Funchal est clown, comédienne et chercheuse. Doctorante en arts de la scène et de l'écran à l'Université Laval, elle est titulaire de deux baccalauréats, en génie chimique et en théâtre, ainsi que d'une Maîtrise en Arts de la Scène de l'Université de l'État de São Paulo, Brésil - UNESP. Elle s’intéresse aux études de l’expression gestuelle comique dans les contextes performatifs et thérapeutiques, recherche qu’elle a commencée au sein du Groupe de Recherche Théâtrale de l’Université de São Paulo à Campinas (LUME) et aussi avec le groupe de recherche “Le cirque et le rire”, à l’UNESP. Elle s’intéresse aussi aux possibilités d’interventions artistiques axées sur le clown, à partir d'une approche inter et transdisciplinaire.​

Maria Cecilia Gallani

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Assez tôt dans ma formation infirmière, j’ai découvert une vraie passion pour les soins portés aux patients gravement malades. La grande instabilité de leur condition clinique, qui les rend très vulnérables, m’a poussée à comprendre ce qui se passait dans ce corps matériel et encouragée à parfaire les gestes et les procédures cliniques susceptibles de les faire sortir de cette vulnérabilité. D’une certaine façon, la capacité de renverser cette vulnérabilité était au bout de mes doigts. De la précision de ma pensée clinique, de l’opportunité de mes gestes soignants dépendait leur mieux-être, et peut-être leur guérison. Avec le temps, mon expérience avec les patients atteints d’une maladie coronarienne autant dans la phase aiguë comme dans la phase de réadaptation, ainsi que mes expériences de vie, m’ont montré un autre type de vulnérabilité humaine. Celle liée à la peur de la mort, de se voir confronté au besoin de se réapprendre comme personne et ainsi d’être capable de reprendre la vie. Cette condition met l’être humain face à lui-même, sans protection, fragile et dénué. À maintes reprises, la vulnérabilité de ces patients a touché la mienne. Et d’autres fois, mes expériences de vie m’ont rendue aussi vulnérable, au point de modifier ma compréhension du geste soignant. Reconnaître, comprendre et respecter les moments de vulnérabilité peut être le point de départ pour les confronter et les traverser. C’est cette compréhension du soin qui guide mon travail et ma recherche en tant que professeure à la faculté des sciences infirmières de l’Université Laval et membre du Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

 Jocelyne Kiss

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À travers les yeux de mes petits élèves musiciens dysphasiques, à travers le chant de parents tentant d’entrer en relation avec leur enfant autiste, à travers, aussi, ma propre expérience de vie, les rapports que j’entretiens avec les autres, et avec moi-même, la question de la vulnérabilité s’est esquissée, révélant toute sa complexité relationnelle. Saisir cette manifestation a été un des objectifs de ma thèse, qui s’est organisée, via l’analyse, la modélisation des systèmes fonctionnalisés et la simulation des éléments ineffables, autour de l’étude des processus cognitifs à l’oeuvre dans les créations musicales. J’entendais ainsi identifier, décrire, expliquer l’économie du non-verbal dans le processus affectif mû par le « discours musical ». Dans cette même veine, ma recherche au CIRRIS vise à donner une voix, à rendre tangibles, les expressions de la vulnérabilité engagées dans les interactions sociales en présence et en ligne.

Christelle Landheer-Ciesiak

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En 2007, au début de ma carrière de professeure de droit, tel le médecin malade qui a besoin d’être soigné, j’ai dû déposer une plainte pour que les actes violents et avilissants d’un homme en autorité cessent à mon égard. Par cette plainte, j'ai pu expérimenter la peur de raconter ce que je subissais, les longues semaines d'incertitude à attendre le jugement de l'instance compétente en charge de mon « cas » et, enfin, l'impact guérisseur d'une décision en ma faveur. Par cette plainte, j’ai intimement éprouvé la vulnérabilité du justiciable et l'importance de mobiliser les règles de droit pour chercher à lui rendre justice, la décision d’une autorité compétente pouvant de toute évidence bouleverser son estime de soi et ses relations avec les autres. Cette expérience difficile a alors nourri en moi l’idée de favoriser une pratique du droit davantage centrée sur le justiciable en mobilisant des approches narratives pour être à l’écoute de son vécu. C’est ce projet que je poursuis depuis dans mes recherches et dans mon enseignement en essayant de développer, dans la discipline du droit, une possible justice narrative.

Thomas Langlois

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  • CV

Créateur tant multidisciplinaire qu’indiscipliné, Thomas Langlois se produit depuis neuf ans sur la scène poétique de Québec (compétitions de slam, Mois de la poésie, collaborations et spectacles ponctuels liés à la poésie orale au sens large), en plus de donner plusieurs ateliers d’écriture et de performance pour le slam destinés tant aux jeunes adolescents qu’aux adultes. Il se consacre aussi à l’écriture, à la mise en scène et à la performance, dans des créations hybrides et multidisciplinaires telles que Imanipulaton (slam et performance vidéo de Louis-Robert Bouchard, 2017 et 2018) ...manquante (slam, conte, poésie et performance, collectif des P’lis d’langue, 2018), Lapalissade (spectacle théâtral interactif, collectif Dans Ta Tête, 2017), 1-800 VISAGE (installation théâtrale et performative, Dans Ta Tête, 2016), Carnaval Carnivore (slam-théâtre, 2016) et Panpan ! (slam-théâtre, 2015). Il a publié deux plaquettes de textes à slamer, Faire mal, volume 1, chapitre 2 (2016) et Faire mal, volume 1 (2015), aux éditions Les croque-mots du Tremplin d’Actualisation de la Poésie (TAP). Il a également remporté les titres de Champion Slam de la Capitale en 2011, 2015 et 2017, ainsi que de Champion Slam du Québec 2017. Membre cofondateur des collectifs Dans Ta Tête (DTT) et P’lis d’langue, il est aussi, avec Emile Beauchemin, cofondateur et codirecteur général et artistique de JokerJoker, organisme de diffusion nomade de spectacles multidisciplinaires. Il est titulaire d’un baccalauréat en théâtre et d’une maîtrise en Littérature, arts de la scène et de l’écran à l’Université Laval, et poursuit actuellement sa recherche-création au doctorat afin d’approfondir sa formation en théâtre.

Emilia Deffis

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  • CV

Étudiante à Buenos Aires pendant les années 1976-1983, j’ai vécu la répression étatique, la disparition de camarades, d’amis, de professeurs, la surveillance constante de la police. Le besoin de comprendre cette partie de ma jeunesse envahie par la peur m’a menée, après une spécialisation initiale en littérature espagnole du XVIIe siècle, et après l’expérience de l’exil, à l’étude des romans argentins contemporains.

Sans que j’en aie eu clairement conscience, le sujet de la vulnérabilité habite depuis longtemps mes lectures. Je m’intéresse désormais à la représentation narrative du double discours et du non-dit en contexte répressif. Nourrie des travaux de Paul Ricoeur sur l’identité narrative, la mémoire, l’histoire, l’oubli, je cherche aujourd’hui à donner sens à ce qui survit après le massacre. Il y va d’un devoir social, éthique, de mémoire et de justice. Je suis intimement convaincue que les fictions littéraires sont comme des pétroglyphes, traces d’un langage oublié qui insiste par delà le temps. L’enjeu est, humblement, de contribuer à redonner son humanité à la parole des victimes, dans le sillage du legs que des auteurs comme Jorge Semprún et Primo Levi nous ont confié.

Maude Déry

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J’ai complété une maîtrise en création littéraire où j’ai pu me consacrer à l’écriture d’un recueil de nouvelles (Sur le fil, Triptyque) mettant en scène des personnages fragilisés par l'existence qui évoluent dans l'intimité de leur silence, là où l'émotion se déploie avec force. L’idée de vulnérabilité, déjà en germe à l’époque, s’est davantage précisée dans le cadre de mes études doctorales, jusqu’à devenir le sujet de prédilection de ma thèse. Le roman que j’ai imaginé s’intéresse aux rapports ambigus entre une peintre et son modèle vivant, rapports non plus axés sur l’érotisme et la nudité parfaite du poseur, mais plutôt sur la vulnérabilité de l’artiste comme du modèle. L’essai critique, quant à lui, m’a permis de comprendre en quoi la vulnérabilité est le gage de l’universalité des œuvres fictionnelles peintes inscrites au cœur de romans contemporains. Elle a également légitimé un discours moins pessimiste autour du mythe de l’artiste, l’échec n’étant plus considéré comme une fin en soi, mais bien comme le tremplin vers une création résolument authentique. Cette façon d’envisager le geste créateur me nourrit maintenant au quotidien, puisque c’est ce que je tente de transmettre aux étudiants à qui j’enseigne la création littéraire, à savoir que l’écriture constitue un acte total.

Jean Désy

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Je suis né au Saguenay en 1954. J’enseigne à l’Université Laval en médecine et en littérature. La vocation d’enseignant est ce qui donne le plus grand sens à ma vie. Mes principaux champs d’intérêt demeurent la nordicité, le rapport à la Nature et les liens avec l’autochtonie québécoise. Ces années-ci, et plus que jamais, je ressens avec intensité la vulnérabilité de la planète, celle des humains, bien sûr, mais aussi celle des animaux, des plantes et de tout ce qui vit ou tente de survivre. C’est dans la toundra, au cœur du monde inuit, où je pratique la médecine, que j’ai perçu avec le plus d’acuité cette vulnérabilité. Il y a tant d’histoires de détresse à conter, tant d’histoires de vie, et tant de raisons d’espérer, aussi. Parmi mes dernières parutions, deux essais, Amériquoisie, sur la quête identitaire (Mémoire d’encrier, 2016) et La route sacrée, consacré au voyage et à la spiritualité (XYZ, 2017), et deux recueils de poésie, Chorbacks (Mémoire d’encrier, 2107) et Noires épinettes (Éditions du Sabord, 2017).

Jean-Pierre Cléro

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Je ne savais pas que, il y a vingt-cinq ans, en travaillant les mathématiques des probabilités, d’une part, et en commençant à lire sérieusement, pour m’en imprégner, les traduire et les commenter, les auteurs utilitaristes, en particulier Bentham, d’autre part, une voie se traçait en direction de la vulnérabilité. Certes, il y avait bien les invitations aux inoubliables colloques du Québec autour du thème de la sympathie, de la sociabilité ; mais il a fallu que cette notion de vulnérabilité soit repérée et désignée par Thierry Belleguic comme un thème de recherche en éthique commun à l’équipe canadienne et à l’équipe rouennaise, un intérêt croissant pour l’éthique des soins, au CHU et au CHR de Rouen et dans de multiples colloques parisiens, peut-être aussi, une certaine expérience personnelle de la maladie pour que la « vulnérabilité » finalise une partie de mes travaux. Quand la philosophie rencontre la vulnérabilité, celui qui s’y livre expérimente qu’il ne peut pas se contenter de la prendre comme objet sans entretenir une relation plus modale, plus accompagnatrice avec elle. Ne faut-il pas avoir philosophé longuement pour découvrir qu’on ne mène les enquêtes qu’à partir d’elle pour tenter de s’en défaire, d’abord, pour constater que c’est impossible, ensuite, pour s’en consoler peut-être, enfin ? Si - comme je le crois - la philosophie change avec les âges et les expériences traversés par le philosophe, comme par les autres hommes, il faut peut-être s’avancer beaucoup en âge pour pouvoir s’approcher de cette notion et parvenir à la réfléchir, c’est-à-dire à la tenir à distance tout en l’accueillant. Comment l’objectiver sans la casser ? Et comment l’accueillir sans une empathie qui risque d’engluer la recherche ?

Annie Cloutier Roussel

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Charles Gardou, en parlant de la vulnérabilité propre à notre espèce, précise que cette « humanité, qui se voudrait forte et éternelle, fait un bruit de porcelaine brisée. » Ce n’est que tout récemment que j’ai découvert que l’apparent zigzag de mon parcours (études, travail, vie) contenait en fait une cohérence sous-jacente : la profonde curiosité envers la fragilité humaine. Surprendre dans l’autre cet instant de nudité, de transparence, de vulnérabilité a toujours été le véritable fil d’Ariane à l’origine de mes choix de vie. Entremêlant depuis toujours arts visuels (je suis peintre et sculpteure) et littérature (doctorat et postdoctorat en littérature française), j’ai ajouté dernièrement à cette boîte d’outils une formation en massothérapie, métier qui permet justement d’offrir à l’autre un lieu où déposer sa vulnérabilité, où il peut faire entendre sans honte le « bruit de sa porcelaine brisée ». L’art, la littérature, le toucher, autant de voies que j’emprunte afin d’explorer et d’apprivoiser cette vulnérabilité, ces cassures, afin de permettre une forme de kintsugi de l’âme.

Vincent Couture

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« There is a crack, a crack in everything », comme le chante Leonard Cohen. Une craque qui constitue chaque objet et chaque personne. Une craque qui nous rend fragiles, qui me rend fragile, dans un état de stabilité précaire avec le monde. Être vulnérable ce n’est pas tant de se retrouver en mille morceaux, mais la possibilité envisageable que l’apparente unité puisse éclater. C’est cette craque qui lentement se lézarde et qui nous place dans un état de surtension. Cette craque n’est pas que la possibilité de se perdre, mais aussi celle qui permet à la lumière de pénétrer, de se diffuser et de se refléter. Face à cette vulnérabilité lumineuse, j’envisage mon travail, à la rencontre de la bioéthique et des humanités de la santé, comme des signaux lumineux en code Morse ou des ombres chinoises.

Geneviève Boudreau

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Au cœur de ma démarche d’écriture, j’ai placé l’identité -et surtout ce qui fragilise ou interroge cette identité. Le rapport à soi constitue pour moi l’expression d’une altérité difficile à circonscrire et le poème, le moyen de s’approcher au plus près de ce qui continue d’échapper à une connaissance définitive. Les thèmes du territoire, de la fragilité, de la violence et de la filiation marquent profondément mon imaginaire. Entre ma pratique de l’écriture, de l’enseignement collégial et de l’agriculture urbaine, j’essaie de cartographier une identité dont les contours demeurent à définir, mais où la vulnérabilité du vivant occupe assurément une place centrale.

Mélanie Carrier et Olivier Higgins

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Nous sommes nés à Québec, et tous les deux biologistes, réalisateurs et producteurs. C’est en documentant nos aventures à travers le monde que nous avons découvert la vidéo. Notre premier film, Asiemut, relate notre traversée de 8000 km à vélo de la Mongolie à la plaine du Gange. Cette randonnée en images a été distribuée dans une quarantaine de pays, diffusée sur plusieurs chaînes (Arte, RTBF, TSR, Al Jazeera) et a remporté de nombreux prix à travers le monde. C’est en 2010 que nous avons fondé MÖ FILMS, une boîte de production dédiée au cinéma documentaire qui souhaite, par ses différents projets, contribuer à la réflexion, aux débats et aux enjeux de société qui caractérisent notre époque. Notre second film, Rencontre, a été sélectionné par la National Geographic Society et remporté plusieurs prix à l’étranger, alors que notre court-métrage environnemental satirique, L’Homme de Glace, a été diffusé dans les festivals. Notre plus récent long métrage documentaire, Québékoisie, questionne la relation complexe entre les Québécois et les Premières Nations. Ce film a été nommé aux Prix Jutra et remporté le prix de l’œuvre de l’année remis par le Conseil des arts et des lettres du Québec. Nous travaillons actuellement sur de nouveaux projets de films, tout en restant très impliqués dans notre milieu professionnel. Le thème de la vulnérabilité a toujours été au centre de notre travail et de nos créations, non seulement par les objets que nous avons traités, mais par la façon que nous avons de faire notre cinéma.

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Virginie Chaloux

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Candidate à la maîtrise en études littéraires à l’Université Laval, je prévois consacrer mon mémoire à l’écriture de la honte dans les récits d’enfance autobiographiques de Thomas Bernhard. Je m’intéresse particulièrement à la manière dont le récit de soi tente de répondre aux conflits intérieurs générés par les traumatismes venus de l’extérieur, aux conséquences de l’éducation reçue par l’enfant, ainsi qu’à la question de l’aveu et de la filiation. L’écriture peut-elle réellement nous réparer, voire nous libérer lorsque l’on porte le deuil d’une origine dont la vulnérabilité a été réfutée dès le début ? Si Georges Gusdorf parle du langage comme d’un trait d’union, il semble que dans l’autocréation par l’écriture, ce trait d’union ne fait que maintenir et unir la séparation de l’écrivain(e) face à lui-même.

J’ai travaillé quelques années à l’hôpital Sainte-Justine auprès des enfants malades, ai étudié en danse, en photographie et en science politique avant de me consacrer à la littérature. Mon premier recueil de poésie, Cerises de terre, paraîtra aux Éditions du Noroît prochainement.

Antoine Blais-Laroche

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Ayant d’abord complété mes études précliniques en médecine avant de me rediriger en études littéraires, j’ai été guidé dans ma trajectoire étudiante par le pressentiment que les mots, dans ce qu’ils ont de plus banals, mais aussi dans toutes leurs potentialités poétiques, philosophiques ou narratives, que les mots, dis-je, pouvaient apporter aux souffrances de l’homme sinon un remède du moins quelque réconfort, peut-être le seul possible. De la médecine à la littérature, de l’acte de guérir à celui d’écrire ou de lire, il m’a toujours semblé y avoir une filiation sous-estimée, un point de contact à ne pas négliger et à investir. C’est là qu’est entrée en jeu pour moi l’idée de « vulnérabilité ». Expérience globale qui appelle une réflexion globale, je crois que la vulnérabilité, dans tout ce qu’elle a de plus concret, gagne à être embrassée par les arts, la littérature, la philosophie et les « humanités », qui ne doivent pas hésiter d’ailleurs à s’approcher de leur objet et à s’engager dans le réel. Candidat à la maîtrise en littérature, je suis aussi impliqué dans différents organismes d’alphabétisation et de francisation de la ville de Québec, habité par l’idée que les mots, leurs ressources et leur réconfort, doivent être à la portée de toutes et de tous.

Fanny Bouchard

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La vie est un chef-d’œuvre dont nous sommes les artistes. Ce qui me tient à cœur est d’apporter aux autres le meilleur de moi-même afin de contribuer à créer un monde plus heureux. Ma vie est en soi un parcours personnel sur ma propre vulnérabilité. J’ai dû surmonté de nombreux défis qui on fait de moi une aventurière du quotidien. Je suis également artiste et à 37 ans, j’ai fait un retour aux études afin de compléter une maîtrise en service social pour réaliser un rêve : un projet d’ateliers alliant conscience de soi et créativité pour lequel j’ai reçu une bourse d’excellence de l’Université Laval. Ces ateliers s’intitulent La théorie de la créativité et je les réalise maintenant auprès de professionnels dans les organisations en réponse aux enjeux majeurs actuels liés à la santé durable ainsi qu’au bien-être individuel et collectif. Je travaille également comme coordonnatrice au bénévolat aux Petits Frères de Québec et je pratique le bénévolat depuis presque 20 ans dans différents organismes. J’y ai réalisé plusieurs projets alliant le social et le créatif en plus d’accompagner des enfants de milieux défavorisés ainsi que des adultes en situation de vulnérabilité. J’œuvre auprès de Gilles Kègle, entre autres, depuis environ 10 ans. Le don de soi est pour moi une manière de promouvoir et de manifester notre ouverture, notre créativité, notre compassion humaine et notre bienveillance, ce dont nous manquons parfois en ce moment. Là où la science et la raison n’ont plus de mots, existe notre imagination. La créativité au sens large est ce qui nous lie à notre intuition, à notre imagination, à notre génie ainsi qu’à l’univers en entier. Elle se libère réellement lorsqu’elle est liée à un but qui va au-delà de soi, à travers une conscience des autres élargie. Lorsque l’on prend soin de notre vulnérabilité et de celle des autres, on participe à créer ce monde plus heureux et plus uni auquel nous aspirons tous. Un réel changement passe nécessairement par l’action concrète.

Sébastien Bouchard

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Je reviens souvent à cette réflexion de Marguerite Yourcenar : « La compassion — mot plus explicite que celui de pitié, puisqu’il souligne le fait de pâtir avec ceux qui pâtissent — n’est pas, comme on le croit trop, une passion faible, ou une passion d’homme faible, qu’on puisse opposer à celle, plus virile, de la justice ; loin de répondre à une conception sentimentale de la vie, cette pitié chauffée à blanc n’entre comme une lame que chez ceux qui, forts ou non, intelligents ou non (là n’est pas la question), ont reçu l’horrible don de voir face à face le monde tel qu’il est ». Je crois qu’accueillir la vulnérabilité, c’est s’engager à toujours apprendre à mieux voir le monde tel qu’il est, et à nous indigner qu’il soit tel, afin de devenir, si possible, un humain digne de ce nom. Mes recherches en littérature et en philosophie sur le thème de l’animalité, mes voyages, mes stages — notamment auprès d’un berger en Grèce — et certaines rencontres m’ont permis, du moins je l’espère, d’être un peu moins myope que je ne suis né.

Elias Djemil-Matassov

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  • CV

L’image, en tout genre, figée dans le temps ou en mouvement, inventée de toute pièce ou inspirée du réel, nous ramène non seulement à nous-mêmes, mais aussi et surtout à l’autre, vases communicants où circulent signifiants et messages. Les images, j’en ai fait ma vie. Elles me servent à dialoguer avec les autres, quels qu’ils soient, dans un entretien parfois muet. Dans l’autre, je recherche la fragilité, l’imperfection, la maladresse qui pour moi autant de signes de l’humanité qui nous habite. Dans un monde fasciné par la performance et l’exploit, la vulnérabilité fait signe comme un don. Elle signale un chemin vers l’authenticité. Nous sommes tous vulnérables, et seul un dialogue continu, multiple, riche, entre nos vulnérabilités peut nous mener à plus d’humanité.

Marie-Hélène Doré

Membre
 

  • CV

Étudiante dans le programme de Maîtrise Interdisciplinaire en Art, je me suis intéressée aux gestes de réappropriation de soi, de son espace, en contexte industriel. Dans le cadre de ce projet, j’ai présenté en galerie une sculpture à échelle humaine faite d’acier inoxydable récupéré dans un atelier de fabrication métallique. J’ai également conçu une installation vidéo, « Gestes » , née d’une référence croisée entre la chronocyclographie utilisée pour l’analyse des mouvements de la main sur les chaînes de montage et la vidéo « Hand Movie » réalisée par Yvonne Rainer lors d’un séjour à l'hôpital. La question de la vulnérabilité est au cœur du projet de doctorat en recherche-création dans lequel je suis engagée dans le cadre d’une collaboration entre le Laboratoire des Nouvelles Technologies de l'Image du Son et de la Scène (LANTISS, U. Laval) et le Centre Interdisciplinaire de Recherche en Réadaptation et Intégration Sociale (CIRRIS, U. Laval). Ce projet porte sur des expériences de co-création avec et au sujet de personnes qui doivent composer avec des troubles neurologiques.

Janie Giard

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Médecin de famille, j’ai eu le privilège de côtoyer l’humain sous bien des coutures. Rapidement, j’ai orienté ma pratique vers des clientèles en état de précarité. Au fil du temps, les mêmes questions me reviennent : est-ce que je fais les bonnes interventions ? Est-ce que je réponds aux besoins ? Est-ce que j'offre les bons remèdes à tous ces maux qui souvent transcendent la maladie ? Et d’autres encore : la bienveillance peut-elle apaiser les souffrances et façonner notre monde en un monde habitable ? J’ai appris la bienveillance de ma mère. Aujourd’hui professeure et participant à la formation des futurs médecins, je m’interroge toujours : peut-on enseigner la bienveillance ?

Karine Gibouleau

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Née en 1980 à Sainte-Émélie de l’Énergie, Karine Giboulo vit et travaille à Montréal. Depuis les quinze dernières années, elle  a travaillé dans une variété  de médias, de la peinture et œuvres sur papier à la sculpture. Elle s’est fait remarquer pour ses microcosmes peuplés de figurines de polymère illustrant les absurdités de notre monde. Ses sociétés miniaturisées sont empreintes de ses sujets de prédilection telles la surconsommation, le colonnialisme, la bidonvilisation et surtout, la détérioration de la condition humaine. Karine Giboulo a participé à de nombreuses expositions individuelles et collectives au Canada et aux États-Unis: Musées de la civilisation, Québec (2015), McMichael Canadian Art Collection (2013-2014), Mendel Art Gallery, Saskatoon (2010), 21c Museum, Louisville (2019-2010), Musée Des Beaux-Arts de Montréal (2010,2013,2019).  Karine Giboulo est lauréate 2011 du prestigieux prix Winifred Shantz en céramique. Son travail a été appuyé par quelques bourses du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec. Ses récentes oeuvres, What is my name, All you can eat et Le Village Électronique, font respectivement partie des collections du McMichael Canadian Art Collection ( Kleinburg, Ontario), du Musée des Beaux-Arts de Montréal (Québec, Canada) et du 21C Museum (Kentucky, États-Unis).

Marie Gilbert

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Marie Gilbert est auteure, conteuse et artiste en arts visuels. Sa pratique multidisciplinaire l'a amenée à créer des estampes, des dioramas de papier, des livres et des spectacles. Ses livres d'artiste et ses fanzines ont été diffusés au Canada et dans plusieurs pays d'Europe et de Scandinavie. Ses spectacles ont été présentés dans plusieurs festivals, principalement au Québec, mais aussi en France. En 2019, elle a été invitée à écrire pour la revue Palindrome, santé + littérature et pour le recueil Les histoires de Mamie et Papi, publié par l'Association Grandir. Ses recherches ont été soutenues par plusieurs bourses en arts visuels et en littérature. Elle vit et travaille à Québec.

Myrna Chahine

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Compagne de tant d’humains, la vulnérabilité a mauvaise presse quand elle fait de nous des êtres fragilisés par des circonstances tragiques et imprévues. La morale antique résonne encore dans notre préférence pour les êtres forts, ceux chez qui la sensibilité demeure inféodée aux impératifs de courage, de fermeté, d’ardeur et de résistance aux épreuves. Née en même temps que la guerre civile du Liban, j’ai traversé une enfance partagée entre la peur et l’insouciance, la perte et la survie, puis la fuite et l’exil. À travers mon parcours, nombreux furent ceux qui veillèrent sur mon bien être, à commencer par tous ces anges anonymes qui travaillent dans le système d’éducation et qui dédient leurs vies professionnelles au bien intellectuel, social et affectif de leurs élèves. Tout comme eux, je tente aujourd’hui, dans le cadre de mon enseignement de la philosophie au Cégep et de l'animation d'ateliers de philosophie avec les enfants, de prendre soin de la vulnérabilité de tous mes élèves d’ici et d’ailleurs à cet âge où l’identité est à définir, les idées à affiner et le destin à construire.

Isabelle Choinière

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Au tournant de ma vie, la vulnérabilité s'est révélée à moi comme une nécessité, presque une raison d'être. Pourtant, au sein de mes pratiques qui tissent qui je suis — artiste-chercheure internationale, professeure-chercheure, gestionnaire-administratrice et développeure d'innovation transdisciplinaire —, elle a toujours été là et m'a conduite de l'invisible. Elle a resurgi, mais cette fois-ci dans ma conscience, comme un souffle qui avait besoin d'exister et aussi de se faire entendre. De là, une autre strate a également émergé, la prise de risque telle que Nietzsche la propose : le besoin de se réinventer constamment, d'être dans un état de transformation de soi. Cet état de fragilité magnifique, que j'ai expérimenté dans le partage que les arts de la scène nous offrent encore, je l'ai vécu comme une intercorporéité qui relève de la communion. Cet état interrelationnel, je l'amène désormais avec moi dans tout ce que je fais. Ce livre que j'ai eu le brûlant besoin d'écrire — Par le prisme des sens — témoigne et livre notamment ce processus. Enfin, j'ai interprété cette rencontre avec le groupe du CRIV, comme un signe pour aller davantage de l'avant.

Kamel Beji 

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Avant, j’étais un économiste néoclassique et je ne le savais pas. Aujourd’hui, je suis guéri. Et je l’écris entre les lignes dans mes travaux et le dis ouvertement dans mes interventions. Ma venue au Québec en 2001 comme stagiaire postdoctoral pour travailler sur un projet portant sur la précarité au travail m’a amené, progressivement, à remettre en question le dogme du courant néoclassique et à appréhender l’économie comme une science sociale. Dès lors, aussi bien mes recherches que mes enseignements ont pris une orientation militante en faveur de l’équité et de la justice sociale : l’étude de la précarité du travail, les politiques de protection sociale, l’intégration socioprofessionnelle des personnes défavorisées, l’économie sociale et solidaire, le travail décent. Plus que jamais, je rêve à une révolution des modèles économiques où l’être humain n’est pas un sujet, mais un projet de vie décente, ayant les ressources nécessaires le protégeant contre les vulnérabilités. Toutes les vulnérabilités

Thierry Belleguic

Responsable du CRIV
 

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Il aura fallu beaucoup de travail, d’engagement, un parcours de vie, en somme, pour que s’impose à moi, dans son évidence éthique, poétique et esthétique, la question de la vulnérabilité. Je comprends, à rebours, la trajectoire souterraine qui m’a conduit d’une thèse sur le régime des passions chez Diderot à des travaux sur l’archéologie de la sympathie, en passant par une réflexion sur la consolation, sur le temps qui passe et sur le temps qu’il fait. Et je comprends mieux, aujourd’hui, les mots de Rilke sur ce qu’il faut avoir vécu pour qu’advienne le premier vers. Enseignant-chercheur, j’ai aussi été administrateur, doyen de faculté, conseiller du recteur à la culture et à l’innovation sociale, autant d’expériences qui ont affermi ma conviction sur la nécessité d’un engagement des arts, des sciences humaines et sociales, d’une parole et d’une action investies du souci de l’autre, dans le combat pour la dignité du vivant.

Marie-Claude Bernard

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J’œuvre dans le domaine de l’éducation depuis de longues années, autant en recherche qu’en formation des futur(e)s enseignant(e)s, avec une prédilection pour la question de l’apprentissage. Aujourd’hui, j’ai l’heureuse occasion de creuser la question de la vulnérabilité dans l’espace scolaire, de ses liens avec l’apprentissage et la cognition et, plus spécifiquement, celle de la vulnérabilité vécue par les enfants. Je propose d’appréhender ce problème à partir de l’interactionnisme symbolique, théorie selon laquelle l’être humain agit en fonction du sens qu’il attribue aux choses et aux autres, et qui accorde une place de choix aux interactions sociales dans le processus de construction de sens. Plus particulièrement, je propose l’emploi d’un outil cohérent avec cette approche, à savoir les récits de vie qui sont, depuis ma recherche doctorale, une méthodologie que je privilégie. Ils représentent une voie ayant fait ses preuves pour faire émerger des éléments ou des événements qui contribuent à donner sens au « vécu scolaire », à l’expérience de la vulnérabilité.

Alycia Dufour

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Détentrice d’un baccalauréat en études littéraires et complétant présentement un certificat en création littéraire, je poétise au sein du Collectif RAMEN – dont j’assure la co-coordination – depuis plus de deux ans. Par mon implication dans le milieu poétique de la relève, je consolide mes idéaux de décentralisation, de démocratisation et de valorisation de la poésie. Mise en mouvement par des réflexions sur le féminisme, le champ et le genre littéraires, j’investis par ma pratique l’espace de l’autofiction de manière décomplexée. J’aime présenter mon écriture comme une construction poétique chancelante : entre l’exiguïté de l’intime et le vaste vertige collectif; entre la froideur désincarnée de la vie matérielle et la brûlure insoutenable d’une sensibilité palpitante, elle tangue sans cesse. Traversés par un « je » à la présence forte, mes textes peuvent être vus comme les échafaudages précaires d’une tentative perpétuelle d’appropriation du réel. Une tension irréconciliable entre la sphère publique et la sphère privée est donc au cœur de mon travail, lui conférant un mouvement et une fragilité que je revendique d’ailleurs comme force créatrice subversive du nouveau poétique. J’ai ainsi pu créer, jusqu’à présent, des suites poétiques à caractère protéiforme mêlant le vers et la prose; le langage soutenu et l’oralité; la limpidité et l’hermétisme. Mes textes sont d’abord et avant tout destinés à prendre vie, à prendre corps, ce qui me pousse à investir de plus en plus la poésie performative. M’interrogeant sur l’accessibilité de la littérature et les canaux traditionnels de légitimation, j’explore depuis un an les possibles de l’autoédition par le biais du fanzine, que j’envisage comme un laboratoire de création : à la fois objet mouvant, imparfait, et objet achevé, prêt à partager. 

Jessica Dufour

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Détentrice d’un baccalauréat en communication et linguistique de l’Université Laval, je me passionne pour l’art et le langage. L’écriture est le processus par lequel je tente de comprendre mes émotions ou le  comportement des autres. Je dois identifier, décortiquer, analyser ce qui me fait peur pour être en mesure de m’en affranchir. Le thème de l’errance occupe une place prépondérante dans ma démarche artistique. Je m’intéresse à la psyché humaine, à ses mécanismes de défense, à l’impact qu’ont les blessures d’enfance sur le développement. La poésie est mon premier réflexe, sans que je me refuse aux autres genres littéraires. Aspirante artiste multidisciplinaire, j’explore aussi la danse, le théâtre et la photographie pour m’exprimer. Je partage mon temps entre Vancouver et Québec ou ailleurs. Ma zone de confort, sans cesse en expansion, n’est plus un carcan. L’ouverture et la tolérance sont des réflexes naturels. Une fois mon certificat en création littéraire complété, je pense poursuivre à la maîtrise en traduction ou en recherche-création.

Marie-France Lebouc

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Passée de l’économie à l’éthique, j’ai migré de la quête de la performance à celle du sens et de la place de l’autre. Puis mon histoire personnelle de maladie, chute, rechutes, traitements, lutte, abandon, ont transformé en travaux pratiques les positions théoriques de ma thèse sur la construction de l’altérité. Aujourd’hui, je suis spécialisée en éthique managériale et je ne conçois pas mes cours pour les futurs décideurs autrement que comme un travail de développement de leur propre humanité.  Exit la normativité et la déontologie. Nous parlons plutôt de compassion pour soi et les autres, tout en tentant de prendre conscience de la manière dont les dispositifs de gestion influent sur le jugement moral des employés et rendent possibles fraudes ou crimes. Pour étayer ce pan de mon enseignement, je travaille sur le caractère organisé des génocides du 20e siècle et les mécanismes et outils de gestion mis en place pour les perpétrer.

Karine Ledoyen

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J’ai créé la compagnie K par K il y a douze ans. K par K encourage la réflexion sur la danse en empruntant des sillages non-conventionnels. La compagnie favorise l’ouverture et le mélange des formes d’expressions tout en offrant une place privilégiée aux danseurs qui prennent part au processus créatif. Le développement de la gestuelle est basé sur les particularités de chaque individu ainsi que sur les interactions que les danseurs développent entre eux. À travers ma démarche artistique,  je m’intéresse au dévoilement de la « fragilité » qui habite les corps et m’interroge sur les différentes stratégies scéniques pour la faire exister sur scène. Danse K par K compte à son répertoire six œuvres ayant circulé principalement sur le territoire québécois : Danse de nuit (2016), Trois paysages (2013) en coproduction avec La Rotonde centre chorégraphique de Québec, Danse de garçons (2013) en coproduction avec Daniel Danis, arts/sciences et le collectif Théâtre du temps qui s’arrête, La Nobody (2011) en coproduction avec Mayday, Air (2010) et Cibler (2008).

Marie-Josée Lépine

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Parce qu’on promet parfois demain en vain. Parce que la vie comme une chandelle cerbère. Parce que la main tendue est le plus court chemin entre les humains. Parce que la route comme un tapis roulant, rarement volant, se révèle mieux dans ses tournants, je peins et j’écris comme on cherche à percer des ouvertures sur la fragilité, des espaces aussi pour s’arrêter. Tant avec l’écriture que la peinture abstraite, je crée des tableaux, tente de fixer des instantanées où les détails, les couleurs, le rythme et les mouvements tantôt mesurés tantôt spontanées rendent compte d’une vision du monde colorée qui invite à s’émanciper des limites imposées par les autres. Ou, plus souvent encore, par soi. Après des études en lettres puis en communication, suivies d’une dizaine d’années à travailler dans le milieu des arts et de la culture, je partage maintenant mon temps entre la création personnelle, la mise en place de projets collectifs pour la scène et l’enseignement de la peinture. Parce que vient un moment où l’envie de plonger est plus forte que celle de se
débarrasser de sa peur de ne pas être à la hauteur.

Benoit Misset

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C’est surtout dans mon exercice de médecin des soins intensifs que je rencontre la vulnérabilité. Je rencontre des personnes dépourvues de tous les moyens de parler pour eux-mêmes, totalement dépendantes de tous les personnels qui les soignent ; des personnes proches de la mort, inquiètes, ou qui devront affronter de nombreuses étapes pour redevenir, peut-être, « comme avant ». Beaucoup d’entre elles souffriront encore longtemps et n’oublieront jamais l’agression que la maladie leur a faite. Et que dire de leurs familles… en évaluant ces patients et ces familles à distance, nous observons toujours que la reconstruction est difficile. J’observe aussi la vulnérabilité chez les personnes qui soignent, au moins à cause de ce que les situations tragiques de « nos » patients nous renvoient. J’ai eu la chance de travailler dans une équipe qui recueillait les récits des familles de nos patients et des professionnels en temps réel. Il y a là des témoignages qui peuvent nous aider à encore améliorer l’accompagnement et les réponses que nous pourrions apporter.  

Caroline Maltais

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Comment en suis-je venue à m’intéresser à la vulnérabilité? En fait, je crois que la vulnérabilité a toujours fait partie de ma vie même si je ne l’exprimais pas explicitement. Déjà à l’école primaire, j’étais sensible aux personnes du groupe qui expérimentaient une plus grande vulnérabilité que soit en raison d’un handicap physique, ou encore parce qu’elles étaient marginalisées en raison de leur origine modeste. Cette sensibilité à la vulnérabilité n’est certainement pas étrangère à mon choix d’étudier dans le domaine des soins infirmiers. Cependant, c’est ma pratique clinique qui m’a permis de constater que la vulnérabilité pouvait prendre différentes formes, et que la vulnérabilité des uns faisait écho à la vulnérabilité des autres. Ultimement, les études doctorales m’ont permis de mettre des mots sur ce vécu. En
m’interrogeant sur l’autonomie de la personne, j’interrogeais aussi sa vulnérabilité. À cet égard, la pensée de Paul Ricœur a été une rencontre des plus éclairantes. Je retiens tout particulièrement de son propos que « [...] c’est la vulnérabilité qui fait que l’autonomie reste une condition de possibilité [...] ». Quelques mots d’une grande richesse qui m’amène à réfléchir l’autonomie à la lumière de la vulnérabilité.

Hélène Matte

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Travailleuse culturelle depuis plus de vingt ans à Québec, Hélène Matte est un électron libre portant de nombreux chapeaux : écrivaine et poète, commissaire et médiatrice, performeure et artiste visuelle, mère de famille et citoyenne. Sa pratique artistique interdisciplinaire investit l’art-action, le dessin et l’écriture.

Doctorante en Littérature, art de la scène et de l’écran à l’Université Laval, elle interroge les notions de voix, de rencontre et de poésies expérimentales à travers une recherche et une série de créations. En tant que poète de la vocalité, sa pratique se manifeste particulièrement sous forme de prestations scéniques et d’enregistrements. En plus de multiplier les présences lors de récitals, elle crée ses propres stand up poétiques. Hélène Matte a réalisé ou produit nombreuses vidéopoésies dont Rebote, présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2016.

Combinant ces différents éléments selon les occasions et les contextes, Hélène Matte multiplie les projets rassembleurs et originaux. Elle a réalisé des expositions et performances en Europe, au Canada et ailleurs en Amériques, mais agit aussi au niveau local où elle initie, coordonne et anime des projets rassembleurs tels Apprentis poètes ! (2014), Vies de Quartier (2016) et Les Arbres à poèmes (2018) et les ateliers de poésie du Pavois (2019).

Ernesto Morales

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J'ai tout d'abord fait des études en architecture et en design industriel au Mexique. Je suis ensuite venu au Canada pour faire mon doctorat en design. À ma première visite dans un CHSLD, j'ai examiné les salles de bains offertes aux résidents, dans le cadre d’un projet de recherche. J'ai été très étonné par le manque de considération — notamment en raison du fait que le Canada est un pays riche — que les architectes avaient eu pour les besoins des aînés ayant des incapacités et du personnel impliqué dans leurs soins personnels. Je me suis immédiatement imaginé comment mes parents réagiraient dans une telle situation. Il est rapidement apparu que le problème provenait du design même de la salle de bain. S'il existe une discipline qui excelle dans le domaine de la discrimination, c'est bien celle du design. Autrement, nos villes seraient plus accessibles. Je suis un professeur au Département de réadaptation de l'Université Laval et les personnes vulnérables se situent au coeur de mes projets de recherche (environnements guérissants, bibliothèques scolaires inclusives pour les enfants ayant des incapacités, plateformes élévatrices pour les personnes se déplaçant en fauteuil roulant, accessoires érotiques pour les personnes ayant des incapacités aux membres supérieurs). Je suis intimement convaincu que la discipline du design se doit d'améliorer l’expérience du soin.

Samuel Nepton

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En tant qu’étudiant au doctorat en philosophie de l’éducation, je peux affirmer que philosopher m’a appris à apprécier ma vulnérabilité. En effet, au cours de mon baccalauréat, je me suis découvert un sérieux problème d’anxiété. S’il a été nourri à ses débuts par ma pratique philosophique, c’est la philosophie elle-même qui aujourd’hui m’aide quotidiennement à le surpasser. Cela s’explique, d’une part, par le fait que je suis maintenant profondément convaincu qu’un apprentissage significatif, c’est-à-dire qu’un véritable progrès personnel, n’est possible qu’en référence à un problème vécu. L’anxiété m’apparaît ainsi comme une véritable force et comme une source inépuisable de difficultés avec lesquelles continuer ma croissance. D’autre part, philosopher m’a enseigné un arsenal d’outils avec lesquels affiner ma pensée et mon jugement. Il me tient profondément à cœur d’aider ceux qui, comme moi, lutte avec ce trouble, et ce, par le partage et la discussion. Je nourris à cet égard un espoir sans fin pour la pratique de la philosophie avec les enfants visant à former la pensée des plus jeunes et des plus vulnérables. Il s’agit à mes yeux d’une avenue extrêmement prometteuse afin de construire leur résilience dans un monde où la performance, tout particulièrement en milieu scolaire, est aussi omniprésente qu’anxiogène.

Miguel Olmos

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Sensible depuis toujours aux enjeux de l’expérience esthétique, à laquelle j’ai consacré des efforts tout au long de ma formation universitaire ainsi que dans les travaux de recherche qui l’ont suivie, je m’intéresse à l’étude des phénomènes qui se manifestent dans les rapports de vulnérabilité et, en particulier, ceux dont la racine se trouve dans les pratiques verbales, discursives ou dialogiques, ou encore dans les jeux participatifs inhérents à la lecture littéraire et à la fiction. Cette question me semble constituer un chantier de travail extrêmement prometteur, aussi bien du point de vue de la poétique que selon une perspective historique ou critique. Je suis heureux de pouvoir collaborer aux travaux du CRIV en compagnie des chercheurs de l’ERIAC (Université de Rouen Normandie) et d’autres unités de recherche et institutions normandes en vue d’exploiter les objets de connaissance qui se nichent dans les intersections de ces domaines ainsi que d’explorer les voies par lesquelles ces nouveaux acquis peuvent être mis à contribution dans la sphère de la vie publique, que ce soit avec une visée artistique, médicale ou encore politique.

 Alice Vanlint

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  • CV

C’est à 11 ans que je décidai de devenir enseignante. Je venais de passer une année scolaire difficile et j’avais failli y perdre mon goût pour l’école. Ne voulant plus que cela se reproduise, je n’ai plus jamais changé d’avis en ce qui concernait mon choix d’orientation professionnelle. Quelques années plus tard, je suis devenue enseignante puis chercheure dans le domaine de l’éducation. Sans que la vulnérabilité n’ait été l’objet de mes recherches, j’ai toujours gardé une préoccupation pour le soutien à apporter aux élèves rencontrant des difficultés d’apprentissage. Ces jeunes sont généralement qualifiés d’ « élèves à risque » par les institutions scolaires, expression qui n’est pas sans évoquer leur vulnérabilité. L’occasion m’est donnée aujourd’hui d’explorer cette vulnérabilité en contexte scolaire. Je propose d’adopter une toile de fond interactionniste symbolique qui permet d’analyser les interactions comme un lieu où les acteurs de l’école coconstruisent le sens de leurs expériences. Un tel cadre théorique constitue une avenue permettant de comprendre les expériences de la vulnérabilité que fait l’enfant qui est élève mais également de l’adulte qui est enseignant ou parent d’élève.

Judit Vari

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Exilée politique enfant, mes parents ayant quitté la Hongrie pour la France, j’ai été confronté très jeune à des expériences de vulnérabilité qui ont forgé mon optimisme tout en me faisant prendre conscience des injustices sociales. Après une maîtrise en ethnologie portant sur les politiques indigénistes au Brésil, j’ai par la suite consacré ma thèse en sociologie à l’enfance en montrant comment les pédagogiques issues des pédagogies nouvelles tiennent compte des fragilités des individus – enfants et adultes – qui sont à la source de la démocratie et de la citoyenneté. M’inscrivant dans la philosophie pragmatiste de Dewey et Mead, mais aussi dans la sociologie allemande (Simmel) et l’école de Franckfort (Joas, Honneth), mes objets de recherche portent aujourd’hui sur la place du jeu dans la socialisation morale et politique, j’essaie de montrer comment jouer est essentiel notamment pour explorer nos propres vulnérabilités.

Laurence Vaujois

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C’est dans le cadre de mon exercice de cardiologue fœtal que je perçois les situations de vulnérabilité. Je rencontre des couples de parents qui le temps d’une rencontre voient leur avenir s’effondrer. Leur bébé en croissance est affecté d’une malformation cardiaque et ils doivent décider, de manière libre et éclairée, quelle vie ou mort ils choisiront pour leur bébé. Choisiront-ils la vie pour leur nouveau-né, qui lui, aura besoin de subir une ou des chirurgies cardiaques, de longues hospitalisations avec une séparation inévitable entre l’enfant et ses parents ? Ces étapes sont tout autant douloureuses pour les parents qu’ils seront témoins de la souffrance de leur enfant se battant pour sa nouvelle vie. Prendront-ils la plus douloureuse décision qu’il soit pour un parent : mettre un terme à la vie de leur bébé en devenir car ils ne lui souhaitent pas un début de vie en souffrance et une qualité de vie moindre que celle des enfants en santé ?  Un accompagnement est toujours offert pour ces couples : travailleuse sociale, psychologue, fondation de parents atteints de cardiopathies, accompagnement par le médecin annonciateur qui les revoit plusieurs fois afin de les aider dans leur décision. Des échanges basés sur différents témoignages de personnes concernées par la vulnérabilité d’un côté ou de l’autre de la scène pourraient à mon sens améliorer grandement l’accompagnement des familles et guider les acteurs confrontés à de telles situations.

Michel Sasseville 

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  • CV

La vulnérabilité est une thématique qui me tient profondément à cœur. Je travaille depuis plus de 30 ans dans le monde de la philosophie pour enfants, qui m’a appris que si nous sommes tous vulnérables, certains le sont plus que d’autres, semble-t-il, à commencer par les enfants. Ce sont les enfants qui sont les plus exposés aux médias, à la publicité. C’est parmi eux que se recrute un très grand nombre de gens de guerre dont on se sert surtout comme de la chair à canon. Ils constituent de nos jours la plus grande partie des victimes de l’esclavage moderne. Ils fournissent dans plusieurs régions du monde une main d’œuvre très bon marché et font l’objet de pratiques commerciales abominables et intolérables. Il m’importe depuis longtemps de les aider à se sortir de cet esclavage intellectuel, moral, affectif… La pratique de la philosophie avec les enfants, présente maintenant dans 75 pays, est un pas dans cette direction.

Cyndie Sautereau

Membre
 

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La question de la vulnérabilité m’accompagne depuis longtemps, même si cela n’a pas toujours été aussi explicite que ça l’est aujourd’hui. Partie d’une recherche sur les sportifs de l’extrême que sont les alpinistes, j’ai d’abord voulu explorer, dans le domaine du comportement du consommateur, la relation entre un guide et son client. Je voyais dans la cordée une façon pour l’un d’assurer les pas et de prendre ainsi la responsabilité d’un autre quelque part vulnérable. La figure de l’alpiniste incarnait alors également pour moi un des paradoxes de la vulnérabilité : tout en force et en maîtrise, mais pourtant si fragile, presque nu au milieu des montagnes. Ces intuitions ont finalement pris forme dans le cadre d’une thèse en philosophie sur la dimension éthique de la relation à l’autre. La vulnérabilité occupe depuis lors une place centrale dans mes travaux, pour lesquels je m’inspire entre autres des pensées de Paul Ricœur, Emmanuel Levinas et encore des éthiques du care. C’est dans cette perspective philosophique que je me soucie également aujourd’hui de la fragilité des acteurs de la pratique du droit.

Christine Vézina

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C’est d’abord à travers mon implication dans le milieu communautaire de lutte contre le VIH en Afrique et au Québec que j’ai rencontré la vulnérabilité.  C’est dans ce contexte que j’ai appris à mettre le terme entre guillemets pour marquer la tension entre le paternalisme et l’auto-capacitation (empowerment) susceptible de l’habiter.   Par la suite, mes recherches m’ont amenée à questionner le rôle paradoxal du droit à l’égard de la vulnérabilité qui contribue, à la fois, à sa fabrication et aux moyens de s’en émanciper.  Que ce soit à travers l’étude de la criminalisation du VIH, de l’accès aux soins et services de santé pour les personnes marginalisées, de la justiciabilité des droits économiques sociaux et culturels et de la mobilisation du droit, je cherche à comprendre ce que fait le droit à la vulnérabilité. Cette trajectoire contribue à fertiliser ma posture épistémologique ancrée dans une perspective sociojuridique ouverte sur l’hétérogénéité des savoirs, dont celui des personnes concernées.

Nicolas Vonarx

Membre
 

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J’ai été au chevet de personnes malades comme infirmier, dans le quotidien d’adolescents flottants entre deux mondes de références culturelles; j’ai suivi des hommes et des femmes dans leurs quêtes de sens et de guérison aux détours de multiples ressources soignantes, ici et ailleurs. En constante sur ces toiles d’existence, de la brutalité, des déchirures, de la rupture, de la perte, mais aussi des baumes, des présences, de la douceur, des échappées, des richesses, des espoirs, des forces et des victoires qui demandent impérativement un temps d’arrêt et de questionnement. La fragilité et la vulnérabilité sont des occasions naturelles qui nous font découvrir le tissu de sens dont la vie se drape sans cesse pour se faire quand elle s’effiloche et nous malmène. Comme anthropologue, professeur, migrant, père, endeuillé, malade à venir, mourant un jour, je suis à prendre des leçons de tissage, à laisser quelques motifs au passage, et à échanger entre artisans.

Ouanessa Younsi

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Il faut aimer très fort » écrit Mylène Bouchard dans L’imparfaite amitié. Aimer : sens profond de l’aventure humaine, et sens difficile. Aimer : verbe indissociable de la vulnérabilité, qui permet le lien voire le fonde. Car la perfection, l’invulnérabilité, se révèlent contraires à l’amour comme l’évoque Roberto Juarroz : « Peut-être nous faudrait-il apprendre que l’imparfait / est une autre forme de la perfection : / la forme que la perfection assume / pour pouvoir être aimée ». Aimer, être aimé.e : c’est la vulnérabilité en acte à travers la relation, c’est dire à la fois « je suis là » et « j’ai besoin de toi ». Aimer les ombres fragiles en soi et en les autres : voilà le sens de mon parcours comme médecin, psychiatre, mère et écrivaine, voilà le début de mes livres et de ma vie.

Wartin Pantois

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Wartin Pantois est un artiste visuel au parcours atypique et un citoyen engagé. Il détient un baccalauréat et une maîtrise en sociologie de l’Université Laval. Il a effectué des interventions artistiques hors murs et des installations intérieures en France, en Allemagne, au Portugal et au Canada.

 

Le travail artistique de Wartin Pantois met en lumière diverses réalités contemporaines hors champ ou occultées. Ses installations in situ s’élaborent à partir de préoccupations sociales, d’observations et de discussions citoyennes. Il crée des œuvres à l’échelle humaine pour qui questionnent les rapports de pouvoirs et les rapports sociaux. Ses installations prennent la forme d’objets quotidiens, de personnages et de mises en perspective qui suscitent réflexion et débat. Wartin Pantois introduit notamment des éléments perturbateurs dans l’espace public, collages et ready-mades. L’emplacement de ses interventions est soigneusement choisi. Les lieux font parler ses œuvres et, réciproquement, ses œuvres font parler les lieux. Usant du noir et en contrepoint aux publicités saturées de couleurs, il magnifie certaines de ses œuvres à la feuille d’or pour interroger la valeur accordée aux personnes et aux situations traitées. Certains de ses projets intègrent des enregistrements et dispositifs audio. Wartin Pantois vit et crée dans le quartier Saint-Roch à Québec. Il travaille anonymement. Ses collaborateurs et diffuseurs acceptent de protéger sa véritable identité.

Myriam Reiss-de Palma

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De l’écrit aux actes. En quête d’idéal, lors d’une thèse et la rédaction d’un livre, j’ai cheminé de longues années en la pensée de l’artiste et messager spirituel, Maurice Chabas (1862-1947). Sa vision syncrétiste et humaniste de l’univers s’unissait à mon émerveillement de la découverte de l’autre en toutes ses richesses et faiblesses… et donc, de sa différence incluant sa vulnérabilité. Car « Il faut encore avoir du chaos en soi pour pouvoir enfanter une étoile qui danse » (Friedrich Nietzsche) et que « La chose importante à garder en tête est qu'il ne faut jamais attendre une minute pour commencer à changer le monde » (Anne Frank), je m’engage aujourd’hui à offrir aide, soutien, affection, éducation, temps…au travers d’organismes communautaires ou humanitaires. Un regard, un geste, une caresse, une parole,… des actions en toute humilité et non-jugement auprès des plus vulnérables, des fragilisés de la vie pour un enrichissement mutuel. Un monde harmonieux et respectueux du vivre-ensemble se construit en chaque instant. Chacun en son don, choisit sa voie pour aimer l’autre et l’inclure en la grande aventure de l’humanité. Désireuse d’une société plus inclusive également pour les personnes vivant avec un ou plusieurs handicaps, je développe aussi des expositions culturelles et multisensorielles accessibles à tous. "Toute personne est une histoire sacrée" écrivait Jean Vanier et ce récit mérite d’être vécu en le respect des Droits de l’Homme. Jean Vanier a "démontré la nécessité d'accepter sa fragilité pour construire des relations de paix dans un monde moderne obnubilé par l'image de la perfection".  https://jeunesmusiciensdumonde.org/parrainage/

Benoît Roux 

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« Si j’étais antiquaire » affirma un jour le médiéviste belge Henri Pirenne (1862-1935) à son collègue français Marc Bloch (1886-1944), « je n’aurais d’yeux que pour les vieilles choses. Mais je suis un historien. C’est pourquoi j’aime la vie ». S’il ne paraît pas nécessaire d’être historien pour développer ce sentiment, « la faculté d’appréhension du vivant », ajoutait Bloch « voilà bien […] la qualité maîtresse de l’historien » (Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien). En cela, la vulnérabilité, comme construction sociale intrinsèque au procès de civilisation, est une notion centrale dans les études historiques. Sans en avoir véritablement conscience, le sujet de la vulnérabilité s’est ainsi progressivement imposé à l’artisan historien que je suis, et s’est surtout complexifié au contact de mon domaine de recherche : les relations entre Français et Amérindiens dans les Petites Antilles au XVIIe siècle. Trop souvent, la disparition quasi totale des populations autochtones, en tant que corps social, a été à l’origine d’une lecture téléologique faisant des Indiens des Petites Antilles les inexorables victimes de l’impérialisme européen. À l’opposé, les sources du XVIIe siècle, puis l’historiographie coloniale institutionnelle, cherchèrent généralement à renvoyer une image d’invulnérabilité des colons antillais. Aussi, « lire, lire, écrire et rêver [sans jamais perdre de sa rigueur], jusqu’à tendre des axes d’intelligences obliques, un peu comme l’on tend une nasse dans le secret de trois points d’horizon » (Patrick Chamoiseau, Écrire en pays dominé), là est notre enjeu ; contribuer à redonner une épaisseur temporelle et humaine à une réalité complexe enfouie.

Katy Roy

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Un désir marqué d'aller à la rencontre de l’humain avec la littérature m’a mené à fonder, en 2010, La Bibliothèque Apothicaire. J’ai ainsi pu mettre en œuvre un travail avec l’imaginaire et la bibliothérapie, une forme d’exploration de soi par la fiction, la poésie et les images qui nous habitent. Tant par le biais de l’action directe que par ceux de la création et de la recherche, je tente de mieux comprendre comment nous, êtres humains, entrons en relation avec nous-mêmes, et plus particulièrement comment nous pouvons nous servir de l’imaginaire pour y parvenir. J’ai ainsi mené plusieurs résidences au Québec et en Europe dans divers lieux : bibliothèques, hôpitaux psychiatriques, centres de réadaptation physique, prisons. Des lieux où, au gré des relation qui se tissent, on peut échanger un regard sincère avec la Vulnérabilité et une bonne poignée de main avec la Poésie de chaque humain.

 Julie Théberge

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De la vulnérabilité, tout le monde en a. On peut se complaire à croire qu’avec un diplôme universitaire, une grosse job, de l’argent, un statut social enviable on est à l’abri ou qu’on l’est moins, vulnérable. Illusion de contrôle à des fins de protection. C‘est que nous sommes tous vulnérables et que nous méritons tous la dignité. J’ai travaillé près de 20 ans dans le milieu communautaire, avec des personnes dites « en marges », « en situation précaire ou de vulnérabilité ». Des personnes « en difficulté ». Je travaille maintenant avec des médecins, des chercheurs, des professeurs. Des gens qualifiés comme étant outillés, de bien adaptés. Certains vont même jusqu’à parler d’élite!?? Je me rends compte qu’il existe une grande détresse chez cette élite. Elle ne se manifeste pas de la même manière : les ressources, les outils ne sont pas les mêmes, mais les besoins sont les mêmes. Besoin d’humanité. De dignité, de respect, de diversité, de plaisir. Je ne suis pas, je fais. J’écris, fais des dessins, de la musique, de la recherche, des formations, des conférences, du collage, de la photo. J’ai un baccalauréat en psycho, un autre en arts visuels et une maitrise également en arts visuels. J’ai travaillé 14 ans pour Cirque du Monde, un programme de cirque social du Cirque du Soleil. Je fais maintenant un doctorat sur mesure art et médecine basé sur une approche interdisciplinaire idéalement transdisciplinaire, holistique, égalitaire, collaborative, ouverte. Faire éclater les disciplines, les catégories, les clans, les gangs. Mélanger les genres. Pour avoir accès au meilleur et au pire.  Complets.

Luis Thenon

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Dramaturge, scénographe, poète, j’enseigne la mise en scène. Je me spécialise dans le domaine du théâtre post-dramatique. Depuis plus de dix ans, je mène des recherches sur le développement des nouvelles technologies et leur incidence sur les arts de la scène. Mes créations scéniques portent particulièrement sur les univers immersifs. Fondateur et ex-directeur du LANTISS (Laboratoire des Nouvelles Technologies de l’Image, du Son et de la Scène), je travaille sur les problématiques concernant les nouvelles formes de l’expression scénique. Je suis l’auteur d’une dizaine de pièces de théâtre, de trois recueils de poésie, d’un roman et de deux livres de contes. Depuis de nombreuses années la vulnérabilité se manifeste, au cœur de mes écrits, comme réflexion poétique, comme narration de soi. Parfois, ces écrits prennent la forme d’une histoire, ils dessinent les contours de la mémoire, ils parcourent les chemins de retour à travers le temps, le pays, les identités qui s’entrecroisent, les souvenirs d’une jeunesse spoliée de son innocence par la dictature, par l’exil, par la disparition violente des amis d’enfance, des compagnons des cours, des collègues de travail. Il est difficile parfois de savoir où se situe la distance entre le récit de fiction et le simple exercice de la parole comme moyen de guérison. Il est difficile de savoir où se situe la ligne qui sépare la littérature comme action créatrice et la parole comme source de résilience. Probablement, cette différenciation n’a pas de raison d’être. Et je continue mon chemin en portant dans mon baluchon tous mes mots, tous mes personnages, toutes mes histoires, tous mes poèmes, qui font en sorte que je deviens peut-être ce que les mots me disent, ce que les mots racontent de moi-même. Ou pas.